Éducation populaire. « Les plus démunis ont droit à la culture »

entretien réalisé par Laurent Mouloud
Vendredi, 27 Janvier, 2017
L'Humanité
Christian Lampin
Secrétaire national du Secours populaire
Christian Lampin Secrétaire national du Secours populaire
Jean-Marie Rayapen/SPF

Le Secours populaire français organise, ce vendredi, un séminaire sur l’accès à la culture pour tous. Cette thématique reste au cœur de l’actionde l’association, qui tente d’en faire, depuis des années, un facteur d’émancipation indispensable à ses bénéficiaires.

Le Secours populaire français ne se résume pas à distribuer de l’aide alimentaire ou vestimentaire. Il œuvre également à l’accès à la culture pour tous. À la veille de son comité national, l’association organise, ce vendredi (à 18 h 30), au Centre Georges-Pompidou à Paris, un séminaire populaire sur ce thème, qui a toujours été au cœur de son action, comme le rappelle Christian Lampin, secrétaire national.

Quelle place prend l’accès à la culture dans l’action du Secours populaire ?

Christian Lampin Pour nous, cela reste un aspect fondamental de notre travail quotidien pour aider les plus démunis à s’en sortir et à s’émanciper. Dans nos permanences, on travaille avec les bénéficiaires, une fois sortis de l’urgence matérielle, vestimentaire et alimentaire, sur les différents problèmes d’accès : au logement, aux soins, au droit administratif, aux loisirs, mais également à la culture.

Quelles actions concrètes menez-vous ?

Christian Lampin On répond, tout d’abord, aux attentes classiques, comme aller au cinéma, au spectacle ou au cirque, pour les plus jeunes. Mais on essaie aussi de pousser la démarche. On a créé, par exemple, des ateliers d’écriture, pendant lesquels les bénéficiaires, en rédigeant des cahiers « dire pour agir », apprennent non seulement à mieux s’exprimer, mais aussi à prendre cette parole qu’on ne leur donne pas souvent. On travaille aussi sur l’accès au théâtre et à des manifestations qualifiées un peu vite d’« élitistes ». Chaque année, des jeunes du Secours populaire sont accueillis au Printemps de Bourges. Ou encore au Festival d’Avignon où, avec l’aide d’associations d’éducation populaire, ils sont initiés à la pratique théâtrale.

Qu’apporte aux bénéficiaires cet accès à la culture ?

Christian Lampin Au départ, ce sont des activités très éloignées de leurs préoccupations et qui, en plus, leur paraissent inaccessibles. Aller au Louvre, pousser la porte de la Fondation Vuitton, comme nous l’avons fait récemment, ce sont des démarches totalement absentes de leur quotidien. Et pas seulement en raison du prix. Mais tout simplement parce qu’ils n’y pensent pas. Dans leur tête, ce genre d’activité, ce n’est pas pour eux. Il y a comme un frein psychologique. Aussi, lorsque nous pénétrons dans un lieu culturel, nous voyons souvent au départ, chez les bénéficiaires, une réaction de timidité. Mais cela s’estompe très vite, et naît ensuite le sentiment de se sentir comme tout le monde, de se dire : « Moi aussi, j’y ai droit ; moi aussi, je peux m’exprimer. » Cette démarche est réellement émancipatrice et permet, au final, de lutter contre les inégalités.

Quelles difficultés les jeunes des milieux populaires rencontrent-ils dans l’accès à la culture ?

Christian Lampin Le prix des activités est évidemment un frein réel. Les activités culturelles sont aussi trop peu présentes dans ces quartiers où les jeunes ne se voient proposer que de faire du rap ou du hip-hop. Notre ambition est d’ouvrir cet horizon, de montrer à ces personnes que les lieux culturels leur sont non seulement accessibles, mais également indispensables pour grandir. Pour nos bénéficiaires plus âgés, ces moments de culture représentent surtout des moments de détente qu’ils n’ont pas forcément pu avoir au cours de leur vie.

Christian Lampin

Secrétaire national du Secours populaire

Le Démineur

Décembre 2016