L’Humanité, l’oubliée des annonceurs

Audrey Loussouarn
Jeudi, 28 Avril, 2016
L'Humanité

 

Le journal paie le prix fort de son indépendance.
Photo : RGA/Réa

Dans un sondage réalisé par TNS, le journal de Jaurès n’apparaît pas dans la liste des quotidiens nationaux proposée. Revêtant sa casquette de lectrice, une de nos rédactrices s’en est émue. Avec succès. Récit.

Quand il s’agit de l’Humanité, nous sommes habitués à une certaine censure : quasi-­absence de ses journalistes dans les débats télévisés, de citation du journal lors de la reprise d’une information, etc. Ici, ça commence par une étude, comme TNS en réalise des dizaines par an. L’institut de sondage vous propose de ­répondre à des questions simples sur « La consommation, les loisirs, les modes de vie en France », en échange d’un bon d’achat de 15 euros.

Selon l’institut, « l’Humanité n’est pas très connue, faut dire… »

Des centaines de pages au milieu desquelles la page 20.B, celle consacrée aux habitudes de lecture de « journaux, quotidiens, gratuits ». Dans la liste, les Échos, la Croix, l’Équipe, le Figaro, le Monde, Libération, le Parisien, et puis… On a eu beau vérifier plusieurs fois, pas de trace de l’Humanité, pourtant certifiée quotidien national depuis cent douze ans. Un questionnaire envoyé à 15 000 personnes, pour environ 8 000 retours. Parmi eux, combien de ­lecteurs de l’Huma ? Tiens, un numéro Vert page 2. Nous téléphonons en tant que ­lectrice de l’Humanité, déçue car, vous comprenez, « je ne peux cocher aucune case, ne lisant que ce quotidien ». Une femme, chargée des relations avec les sondés, préfère que nous rappelions après avoir consulté un responsable. ­Réponse quelques minutes plus tard : « L’Humanité ne fait pas de publicité. Les autres, si. Ça ne les intéresse pas, du coup. » Pour mieux comprendre cette réponse, il faut parcourir les pages : par thématique, une question sur la marque utilisée, qu’il s’agisse d’un shampoing, d’un téléviseur ou d’une boisson alcoolisée. Si vous répondez Danone et que vous avez coché, au hasard, le Figaro sur une autre page, il est facile de choisir où caser sa petite publicité.

« Mais ­l’Humanité a de la publicité, peu, certes, mais elle en a… », disons-nous. « L’Humanité n’est pas très connue, faut dire…, se lâche-t-elle après notre insistance. Justement parce qu’il n’y a pas beaucoup de ­publicité. La publicité sert à faire de l’argent. » Démonstration que l’Humanité paie son indépendance, aussi, en termes de publicités, concentrées dans les 90 % des médias détenus par une ­poignée de milliardaires. Après plusieurs tentatives pour joindre des pivots de TNS, nous optons de nouveau pour le numéro Vert, mais comme journaliste de l’Humanité, cette fois.

Sans publicité, le titre « intéresse moins nos clients que d’autres » !

La responsable du contenu nous rappelle. L’absence du titre dans la liste ? « Il existe plusieurs raisons à cela. La plupart des titres présents sont, tout d’abord, clients de notre étude. Ensuite, pendant des années, dans l’étude de référence d’Audipresse, l’Humanité n’était pas présente. Et comme nous travaillons nos données avec les siennes, le journal était exclu. » Mais, rassure-t-elle, il serait question de l’incorporer dans « la nouvelle vague qui arrivera en 2017 ». Et de confirmer : « L’Humanité n’a pas de publicité donc intéresse moins nos clients que les autres titres. » Si par ce type d’études, le journal ne peut attirer les annonceurs, il paraît évident que nous n’aurons pas plus de publicités, soulignons-nous. « C’est tout autant intéressant pour tout le monde, dans ce cas », se réjouit-elle. Et puis… TNS a eu des « demandes ». Quelles demandes ? « Plusieurs nous sont remontées et notamment celle d’une lectrice, qui nous a fait part de son mécontentement de ne pas trouver son journal dans l’étude. Nous en avons discuté avec notre hiérarchie. Puis avec votre journal. C’est toujours bon d’avoir ce genre de commentaires pour se mettre à jour. Ça m’a permis d’aller vérifier si le journal était dans l’étude de référence. » Et de rectifier ce drôle d’oubli.

Le Théâtre de l’Odéon à Paris occupé par les intermittents du spectacle

Le Monde.fr avec AFP |

Le Théâtre de l'Odéon à Paris, occupé par des intermittents du spectacle, le 24 avril 2016.

Une cinquantaine d’intermittents du spectacle et d’étudiants occupent depuis dimanche 24 avril au soir, le Théâtre de l’Odéon à Paris « pour peser sur les négociations d’assurance-chômage », selon la Coordination des intermittents et précaires (CIP) :

« Nous dénonçons la façon dont se déroulent actuellement les négociations d’assurance-chômage. Nous réclamons une refonte de l’Assurance-chômage, le retrait du projet de loi travail et le retrait du Medef des instances paritaires et de l’Assurance-chômage. »

Négociations sur l’Assurance-chômage

Les intermittents du spectacle se préparent à une semaine décisive pour leur régime spécifique d’assurance-chômage, avec l’ultime séance lundi de négociations internes à la profession, en vue d’un accord qui doit être transmis à l’Unédic avant jeudi.

Le cadrage financier proposé le 24 mars par la partie patronale et signé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC (syndicats minoritaires dans le spectacle) impose un effort global de 185 millions d’euros d’économies en année pleine d’ici à 2018, mais suggère que l’Etat en compense une partie, à hauteur de 80 millions.

Ces conditions sont jugées « inacceptables » par la CGT et la Coordination des intermittents et précaires, qui ont réussi à mobiliser largement leur base lors d’assemblées générales très suivies à Paris et en province.

« Des économies sur le dos des chômeurs »

« Nous sommes une cinquantaine dans l’enceinte du Théâtre de l’Odéon et environ 150 autres personnes sont bloquées dehors, il en arrive de plus en plus », précise le CIP. Le théâtre a été investi par des militants de la Coordination des intermittents et précaires, des étudiants et des membres du mouvement Nuit debout. « Nous avons lancé des appels à nous rejoindre que Nuit debout a relayés. L’information passe », affirment les intermittents.

Trois banderoles ont été suspendues à la façade du théâtre, dont « Pas de droit au travail sans droit au chômage ». « Nous relions deux luttes : celle pour le retrait total de la loi travail et celle contre les économies demandées sur le dos des chômeurs », souligne la Coordination. « Les négociations de l’Unédic prévoient de priver les chômeurs, précaires et intermittents de 800 millions d’euros, alors même que la majorité d’entre eux ne sont pas indemnisés », explique encore le CIP.

« Ces coupes budgétaires brutales sont préconisées par le gouvernement. Et la plupart des partenaires sociaux, Medef en tête, avalisent déjà cette orientation catastrophique. » Les militants ont demandé à l’administrateur de pouvoir occuper le Théâtre de l’Odéon jusqu’à mardi et d’y tenir une assemblée générale lundi soir.

« Sans l’Humanité, ce serait comme un trou dans le journalisme »

Jeudi, 21 Avril, 2016
L'Humanité

 

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AFP

Vous avez toujours eu une relation très forte avec l’Humanité, qui connaît actuellement de graves difficultés financières. Que représente ce journal pour vous ?

Bernard Lavilliers Un journal c’est un symbole de la diversité culturelle. L’Humanité c’est un point de vue, une façon de traiter les choses. Quand on veut se faire une idée, c’est bien d’avoir un journal d’opinion. N’oublions pas que ce journal a été créé il y a longtemps. Peut-être qu’il y a des gens qui se demandent pourquoi Lavilliers défend l’Huma. Eh bien je défends ce journal parce que vous faites partie du paysage. Il y a une prise de parole, une façon de voir les choses. C’est un journal qui a minci au fil du temps, qu’il faut garder. Alors, évidemment, qui va investir ? Vous êtes l’un des derniers journaux indépendants, comme le Canard enchaîné. Les autres, s’ils n’avaient pas leurs gros propriétaires, qui d’ailleurs défendent leurs intérêts à travers leurs titres, ils ne vivraient pas non plus. Ils seraient tous en train d’appeler tout le monde pour dire on va crever.

S’agissant du pluralisme, qu’évoquerait pour vous un paysage de la presse sans l’Humanité ?

Bernard Lavilliers Aujourd’hui, en lisant la presse, on peut avoir trois ou quatre avis, quand les journaux peuvent encore aller sur le terrain et raconter des choses que les journalistes ont vues, parce qu’autrement c’est les agences de presse qui font le boulot. Il n’y a plus beaucoup de journaux qui peuvent se permettre des envoyés spéciaux pour voir ce qui se passe dans le monde. Quand ça arrive, ils ne restent pas longtemps. Par rapport à notre panorama français, si l’Humanité disparaissait, ce serait comme un trou dans le journalisme. Il y a eu des grandes plumes, il y en a encore à l’Huma. J’étais très proche de Roland Leroy. C’est bizarre en tant qu’anarchiste, d’avoir autant d’amis à l’Huma, mais on s’est quand même bien entendu la plupart du temps. Le fait qu’un journal créé par Jean Jaurès puisse disparaître, ça me ferait mal au cœur.

Quel message avez-vous envie d’adresser aux lecteurs de l’Huma ?

Bernard Lavilliers Comme je le dis dans un de mes disques : « tout est permis, rien n’est possible ». Il y a un côté comme ça. Les gens du pouvoir ne vont pas dire ouvertement qu’au fond ils font mourir l’Huma. Au contraire, si on leur pose la question, ils répondront « on va tout faire pour sauver ce journal ». Mais, en attendant, ils ont d’autres chats à fouetter. Je dirai aux lecteurs de l’Huma « tenez le coup, fédérez-vous, vous avez l’habitude, je serai à vos côtés ».

Les Amis, ce besoin d’Humanité

Caroline Constant
Lundi, 18 Janvier, 2016
L'Humanité

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Photo Francine bajande
Samedi, l’association des Amis de l’Humanité a tenu son rendez-vous annuel à la Maison des métallos, à Paris. Un moment fort, pour réaffirmer la nécessité du journal dans un monde fou et valider les orientations engagées l’an dernier pour les Amis.

Tous les matins, en ouvrant sa boîte aux lettres, Jean-Luc remercie silencieusement les équipes de l’Humanité. Et angoisse : « Et si un jour je n’avais plus mon journal ? » Ce journal, son utilité, le besoin vital d’étendre son rayonnement, ont justement été les principaux sujets de la vingtième assemblée générale de l’Humanité, qui s’est tenue samedi matin, à la Maison des métallos, à Paris, qui depuis trois ans met gracieusement, dans le cadre d’un partenariat, sa grande salle à disposition de l’association. Les « Amis » ont aussi parlé de l’adoption de nouveaux statuts, en pleine refonte, et des changements d’orientation, entamés l’an dernier, et qui ont permis, dès cette année, de redresser le nombre d’adhérents et les finances de l’association.

« Et si un jour je n’avais plus mon journal? » s’interroge ainsi Jean-Luc. Et les nuages sombres s’amoncellent autour du quotidien de Jaurès. « La situation est difficile, peut-être plus qu’il y a encore un an ou deux », affirme, grave, le secrétaire national des Amis et rédacteur en chef de l’Humanité, Jean-Emmanuel Ducoin, en début de réunion. Et pour cause. Le directeur du journal, Patrick Le Hyaric, a ainsi révélé qu’entre « les états généraux de la presse initiés par l’ancien président Sarkozy en 2010 et aujourd’hui, on nous a enlevé environ un million par an d’aide publique, soit à peu près le déficit cumulé aujourd’hui par l’Humanité ». Alors, certes, dit-il en substance, « je ne dis pas que tout est bien, et réussi », à l’Humanité. Pourtant, si le journal progresse légèrement, en décembre, la baisse des aides publiques met le quotidien dans une situation alarmante. « L’effort de l’État, qui consiste à nous enlever de l’aide, est un encouragement à non-aide à journal en danger. » Il se souvient avec colère du 7 janvier 2015 : alors que Charb tirait la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois sur la situation de son titre, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, « a trouvé un million d’euros ». « Nos copains venaient de mourir moins de huit heures avant, une colère effroyable m’a pris », s’émeut le directeur de l’Humanité. « Faut-il donc avoir un accident à l’Humanité pour que l’on prenne en compte sa situation ? » s’agace-t-il. Certains lui demandent d’ouvrir le capital du journal pour en régler les problèmes financiers. « Je ne vais pas demander aux journalistes de l’Humanité de faire la promotion d’Orange ou Free ! » s’indigne-t-il. Car le danger est là, devant : la concentration dans de grands groupes qui possèdent « les tuyaux », de Bouygues à SFR, en passant par Orange. Il dénonce la vente de Libération, facilitée par le gouvernement, à Patrick Drahi, la mainmise de Free, via un de ces trois actionnaires, Matthieu Pigasse, sur le Monde, etc.

Or, dans le monde terrible dans lequel nous évoluons, notre métier, c’est « de décrypter, de donner des repères. Sinon, c’est cette phrase dure qui va prendre place : va-t-on nous donner le choix entre les maîtres sorciers qui sont à l’œuvre, en agitant d’un côté le FN et, de l’autre, la menace djihadiste, qui veut nous enfermer dans nos têtes et nos corps ? » Devant la condamnation de ceux de Goodyear, devant l’état d’urgence, la réponse peut-elle être : « Il y a des terroristes à la porte, fermez vos gueules, écoutez la télévision et vous saurez ce qui se passe ? » s’indigne Patrick Le Hyaric. Non, évidemment. Notre époque a besoin de sens. L’Humanité, dans son soutien à Charlie, dans son décryptage des événements en Grèce, dans son analyse de l’état d’urgence, prouve chaque jour son utilité. « Comment pouvons-nous créer une ceinture de protection autour de l’Humanité et comment créons-nous les conditions pour développer la lecture du journal, dans le sens d’un service à rendre pour le mouvement culturel, le mouvement ouvrier, politique et syndical ? » Car, martèle le directeur, dans « ce carrefour, l’Humanité pourrait jouer un rôle beaucoup plus grand, un rôle de transformation sociale et écologique ».

Les Amis ont acquiescé, largement, à ce discours. Ils ont fait le point des initiatives, en province comme à Paris, qui ont rythmé toute l’année 2015. Et ont des tas de projets pour celle à venir, à commencer par la mise en valeur des 80 ans du Front populaire, au printemps, porteur d’espoir social, qui coïncidera avec l’anniversaire de l’association, vingt ans, vingt ans déjà… Les Amis, qui ont changé leur mode de fonctionnement, ont fait le point de leurs activités : des comités se sont ouverts partout en France, et permettent d’ouvrir le débat, d’élargir le rayonnement de l’Humanité avec des artistes, des syndicalistes, des forces progressistes. Un comité parisien est aussi en voie de constitution. Surtout, les Amis ne manquent ni d’idées ni d’énergie : ils veulent aller chercher la jeunesse partout où elle se trouve, chercher des lecteurs… Ils parlent aussi des difficultés financières, des subventions qui se tarissent, pour des raisons politiques… La vivacité des échanges, comme des initiatives, laisse à penser que les virages opérés l’an dernier portent leurs fruits. Pour finir l’assemblée générale, les Amis ont d’ailleurs décidé d’envoyer un message de soutien aux Goodyear. Plus qu’un symbole, un engagement pour une société basée sur l’humanité.

 

Ernest Pignon-Ernest réélu président 
119 Amis étaient présents à l’AG, dès 10 heures (197 nous avaient envoyé un pouvoir). 260 Amis ont assisté au débat de l’après-midi « Palestine : pourquoi la révolte de la génération post-Oslo ? » Ernest Pignon-Ernest, plasticien, est confirmé dans sa fonction de président de l’association. Les présidents d’honneur : Michelle Vovelle, Edmonde Charles-Roux. Les vice-présidents : Daniel Herrero, Axel Kahn, Gérard Mordillat, Colette Privat et Charles Silvestre. Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur chef de l’Humanité, a été réélu secrétaire national, avec comme adjoint Jean-Yves Flaux. Colette Millereux passe la main en tant que trésorière à Claudette Iglesias, avec Annie Berlemont comme adjointe. Josiane Comet continue d’assurer le secrétariat administratif. Un bureau exécutif se réunit plusieurs fois par mois : Annie Berlemont, Dominique Clerval, Marion d’Allard, Farid Diab, Jean-Emmanuel Ducoin, Jean-Yves Flaux, Patrick Heiliger, Claudette Iglesias, Colette Millereux, Dominique Sicot, Charles Silvestre, Pierre Trovel. Une Amie, Anne-Marie Farrenq, quitte le conseil d’administration, une autre vient y prendre sa place : Emmanuelle Simon, scénariste.